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carte du Rwanda

Plus jamais « ça »


Le six avril 1994, l’avion du président du Rwanda, Juvénal Habyarimana, est abattu. Cette date marque le début du génocide. En moins de cent jours, hommes, femmes, enfants, vieillards sont exterminés sous le coup des machettes et autres tortures.

Le génocide s’est déroulé au vu et au su des Nations Unies alors qu’un « plus jamais ça » avait été proclamé unanimement dans la Communauté internationale, après la Shoah. Ce génocide avait pourtant été annoncé de longue date par les experts, précédé de massacres et il aurait pu être arrêté à n’importe quel moment.

La Fédération internationale des Droits de l’Homme établit un premier rapport en 1992. Un an plus tard, son deuxième rapport est encore plus précis et parle d’actes de génocides et de perspectives graves. Les autorités rwandaises sont désignées ouvertement. En France, les journaux masquent les faits derrière l’appellation neutre de « massacre interethnique ». Il s’agit d’éviter que les Etats soient contraints à intervenir contre le gouvernement dès que le génocide est avéré. Sur place, se trouve une force armée de l’ONU commandée par le général Dallaire ; celui-ci avait décrit la situation au secrétaire général, mais rien ne fut entrepris et les forces de l’ONU se retirèrent quelque temps après du pays, laissant ainsi le génocide s’accomplir.

victimes momifiée du génocide de 1994, Murambi, Rwanda

Le génocide fut accompli par toute la population rwandaise Hutu, à de rares exceptions près. Jour après jour, les hommes allaient « au travail », éradiquer les « cancrelats », encadrés par les milices hutues. La Radio Télévision Libre de Mille Collines (RTLM), chantait l’extermination et donnait des conseils pour tuer les Tutsi. Cette station de radio qui émit du huit juillet 1993 au trente-et-un juillet 1994, c’est-à-dire jusqu’à la fin du génocide, en est devenue un symbole et son nom inspire désormais la crainte. Quant aux pays qui auraient pu et auraient dû intervenir, ils pratiquaient la vente d’arme avec le Rwanda. L’analyse des circuits de financement et de la provenance des armes aux génocidaires, telle que l’a perçue la Commission d’enquête citoyenne française dans son rapport, montre une entente entre des organismes français et anglo-saxons, belges, égyptiens, israéliens, chinois et d’Afrique du Sud entre autres…

Environ un million de personnes furent ainsi massacrées.
Les rescapés ont perdu leur famille. Certains survivants resteront marqués dans leur chair par les coups de la machette toute leur vie. Beaucoup se sentent abandonnés, incompris, isolés, la plupart d’entre eux connaissent des troubles mentaux graves et leurs conditions de vie sont généralement misérables : des orphelins traînent dans la rue à la recherche de nourriture et le sida décime les femmes violées et leurs enfants. Aujourd’hui simple minorité au Rwanda, les Tutsi se font parfois assassiner pour « finir le travail » ou pour les empêcher de témoigner.

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Le « livre d'Esther »


L’œuvre Survivantes est avant tout une voix. Une voix de rescapée qui crie sa douleur, la douleur traversée par les Tutsi après le génocide, de ne pouvoir raconter, d’avoir survécu, contrairement aux autres. Cette voix, c’est celle d’Esther Mujawayo, psychothérapeute, qui décrit à ce titre la situation du Rwanda 10 ans après le génocide, de celle des survivants, du traumatisme laissé par de tels événements. Avec la présence de la journaliste algérienne Souâd Belhaddad qui retranscrit ses mots, ses émotions, elles tentent de dire ce qui ne s’est pas dit au Rwanda et ailleurs (du fait de la culpabilité internationale), de dire l’indicible d’un génocide en général. Ce livre est ainsi un livre par la parole et sur la parole.

Voix d’une femme, voix en laquelle se confondent celle des autres femmes rescapées pour dire la vérité du génocide, absence de voix pour en dire la souffrance mais avant tout un flux de vie qui veut se faire entendre. C’est lui-même qui envahit le texte et veut se faire comprendre par tous les moyens. Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad tentent d’établir une communication avec le public grâce à cette œuvre. Le lecteur sait, sent qu’il n’a pas un simple personnage devant les yeux mais une personne qui le prend directement à parti. Ce qui est créé, outre un apport sur les rescapés et donc sur le génocide par réflexivité, c’est un moyen, un outil pour le dire, et en cela même nous pourrions reconnaître sa valeur en lui gardant une place à part qui lui restituerait toute son originalité.

Informatif, historique, émotif, philosophique poétique et humoristique, cette œuvre est peut constituer une très bonne lecture d’approche sur le génocide Tutsi. Mais plus que ça encore, elle mérite une étude approfondie sur la façon dont les deux écrivains ont su faire passer un message fort et toucher profondément le lecteur.

Nous avons consacré une année de travail à cette unique œuvre ; parce qu’elle est bouleversante, parce que nous devrions tous nous sentir concerné, parce que nous ne pouvons plus ignorer la réalité.


Mémoire d'une étudiante de la Sorbonne


Etudiante à la Sorbonne, dans le cadre d’un mémoire de master 1, j’ai choisi d’élaborer une réflexion autour de la problématique suivante :
Comment l’oralité, en tant que moyen d’expression dans un témoignage, permet-elle à Esther Mujawayo de transmettre son expérience du génocide ?
Pour ce faire je me suis attachée à répondre à ces questions suivantes : tout d’abord, de quelle nature est cette oralité ? Et pourquoi avoir choisi cette technique ?
Puis, en quoi serait-elle apte à transmettre l’expérience du génocide ? L’oralité peut-elle s’ériger en un langage capable de traduire des événements aussi extrêmes ?
Finalement, transfigure-t-elle le témoignage ?

Télécharger le mémoire



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